Entrevue avec Josip Zic, le nouveau président de l’ACRP

Nos lecteurs réguliers du Bulletin de l’ACRP s’attendent à ce que nous fassions une entrevue avec les nouveaux présidents et les nouvelles présidentes de l’ACRP. Dans ce numéro, nous nous entretenons avec Josip Zic, le nouveau président de l’ACRP.
Parlez-nous un peu de vous, de votre vie professionnelle et de votre vie familiale.
Quand j’ai été accepté au programme de physique médicale et de radioprotection de l’Université McMaster, je visais vraiment une carrière dans le domaine de la santé et, après mon premier stage de travail comme étudiant en physique médicale au Princess Margaret Hospital, j’étais convaincu que j’avais trouvé la carrière pour moi.
Pour mon deuxième stage de travail, mon conseiller d’enseignement coopératif m’a encouragé à essayer autre chose. J’ai eu l’occasion de travailler à l’Ontario Power Generation (OPG) à Darlington. Cette expérience m’a mené vers une carrière en radioprotection, où j’ai eu la chance de travailler avec des personnes fantastiques, d’appliquer les principes de la radioprotection afin de soutenir l’exploitation des centrales nucléaires d’OPG et de recevoir une accréditation de responsable de la radioprotection de la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN) pour la centrale nucléaire de Pickering. J’ai aussi terminé ma maîtrise en radioprotection, obtenu ma désignation Certified Health Physicist (CHP) du American Board of Health Physics (AAHP) et commencé mon doctorat à l’Université McMaster.
Il y a environ 8 ans, on m’a offert le poste de directeur de la radioprotection à l’Université McMaster, où j’ai la chance de travailler avec un groupe de professionnels nucléaires et de chercheurs extrêmement talentueux. La transition de l’industrie du nucléaire vers le milieu universitaire a été extrêmement intéressante. Après avoir passé ma carrière dans l’industrie à essayer de ne jamais repousser « l’enveloppe d’exploitation sûre », je travaille maintenant dans un établissement qui se concentre sur la recherche, le développement, et qui s’aventure dans de nouvelles applications novatrices du nucléaire.
Plus récemment, on m’a nommé responsable en chef par intérim du nucléaire à l’Université McMaster, où je suis responsable de la sécurité et de la conformité réglementaire de toutes les activités nucléaires autorisées. De plus, en tant que président de Senior Health Physicist Nuclear Services, je fournis des services-conseils concernant l’utilisation sécuritaire de technologies nucléaires dans l’industrie nucléaire, allant du déclassement et l’autorisation d’installations à la radioprotection, la conception et la préparation aux situations d’urgence pour les technologies avancées de réacteur.
J’enseigne aussi la radioprotection aux premier, deuxième et troisième cycles, ce qui me donne l’occasion de présenter ce passionnant domaine d’étude aux étudiants.
Tout ce que j’ai accompli sur le plan professionnel, je le dois au soutien incroyable de ma magnifique épouse, avec qui j’ai la chance de partager ma vie depuis plus de 25 ans. Nous avons deux garçons de 12 et 14 ans, qui nous gardent extrêmement occupés. Être père est une des plus grandes joies de ma vie. J’adore faire du sport et construire des choses avec mes garçons. Plus récemment, nous avons construit dans la cour une cabane de trois étages dans un arbre.
Nous sommes une famille chrétienne et nous impliquons dans notre église locale, où je suis pasteur ordonné. Nous aimons le plein air et voyager en famille. Nous faisons de notre mieux pour aller en Croatie et en Serbie chaque année pour avoir la chance de nous exercer à parler notre langue maternelle et faire connaître aux enfants leurs racines familiales. (Les plages sont magnifiques!) Nous adorons faire des voyages en voiture et avons visité chaque province au Canada, plus de 30 États, une grande partie de l’Europe et même la brousse australienne.
J’aimerais pouvoir dire que je ne rapporte pas de travail à la maison, mais un de mes passe-temps préférés est de collectionner des objets radioactifs naturels ou historiques accessibles au public. Une partie de ma collection se trouve au laboratoire de radioprotection de OPG et le reste est dans le hall d’entrée du Nuclear Research Building à McMaster. J’aime vraiment utiliser ces objets pour enseigner aux gens l’histoire nucléaire, les rayonnements dans leur environnement et l’évolution des principes de la radioprotection.
Quand avez-vous joint l’ACRP?
J’ai joint l’ACRP en 2010. Venant surtout du milieu des centrales nucléaires, je trouvais que l’ACRP était une excellente façon de rencontrer et d’apprendre des professionnels de la radioprotection de l’ensemble de l’industrie. Ça m’a vraiment ouvert les yeux sur la grande diversité d’applications du nucléaire au Canada et sur le rôle important de la radioprotection dans l’application sûre de ces technologies.
Pourquoi avez-vous décidé de vous présenter à la présidence de l’ACRP?
J’ai toujours apprécié le travail de l’ACRP et les gens qui donnent de leur temps et mettent leurs talents et leur expérience à profit pour faire avancer notre profession. À l’Université McMaster, j’ai la chance de faire partie d’une organisation qui soutient et encourage son personnel à s’impliquer dans des sociétés professionnelles et des organismes de réglementation.
J’ai pu m’impliquer davantage dans des sociétés nucléaires professionnelles comme l’ACRP. Je suis aussi le vice-président du groupe de travail sur la radioprotection de la World Nuclear Association (WNA), je fais partie du comité technique de la série N292 de l’Association canadienne de normalisation (CSA) et du groupe de travail 129 de la Commission internationale de protection radiologique (CIPR). Je trouve cela extrêmement gratifiant de participer à ces associations et de redonner à la profession de la radioprotection à l’échelle nationale et internationale.
Même si je travaille en radioprotection depuis plus de 20 ans, j’avais l’impression de ne pas en avoir fait assez pour soutenir l’ACRP. Grâce au soutien de McMaster, j’ai pu m’impliquer davantage au cours des huit dernières années. Faire partie du comité organisateur local pour le congrès 2025 de l’ACRP à Hamilton était une expérience incroyable, mais je voulais faire ma part pour continuer à soutenir le travail de l’ACRP, continuer à promouvoir la profession de la radioprotection et trouver des occasions de collaboration à l’échelle nationale et internationale pour mieux soutenir l’application de technologies nucléaires existantes et avancées.
Sur quoi comptez-vous vous concentrer pendant votre présidence?
En plus de soutenir l’ACRP et son travail comme association professionnelle canadienne pour les professionnels de la radioprotection, j’aimerais me concentrer sur les aspects suivants :
- Participer à l’élaboration de normes et recommandations internationales
Avec la révision des recommandations de la CIPR en cours, l’ACRP doit s’assurer de participer au processus puisque le Canada a de vastes connaissances et une solide expérience dans l’application de la radioprotection. Nous devons continuer à contribuer aux règlements et aux normes à l’échelle provinciale et nationale et nous assurer de participer à l’élaboration des normes et des directives internationales qui influenceront nos exigences réglementaires.
- Encourager les professionnels jeunes et diversifiés à rejoindre le domaine de la radioprotection
La composition démographique de la communauté professionnelle de la radioprotection change alors que de plus en plus d’individus expérimentés prennent leur retraite. De plus, les technologies nucléaires continuent de se répandre rapidement, particulièrement dans les domaines des isotopes et de l’énergie nucléaire. Il manque donc de professionnels de la radioprotection disponibles et expérimentés. Pour répondre aux besoins et nous assurer de développer une expertise en radioprotection, nous devons répondre à l’appel à l’action de CIPR Vancouver. La réussite dépendra de notre capacité à encourager les professionnels jeunes et diversifiés à entrer dans le domaine. Nous devrons aussi trouver des occasions de fournir une formation polyvalente aux professionnels expérimentés provenant d’autres domaines pour qu’ils deviennent des professionnels de la radioprotection.
- Encourager plus de gens à devenir des professionnels agréés en radioprotection (A)ACRP
J’aimerais trouver plus de possibilités de promouvoir la valeur de la désignation professionnel agréé en radioprotection de l’ACRP. On peut y arriver en améliorant les communications sur les avantages de cette désignation, en revoyant les exigences pour l’inscription à l’examen et en donnant plus d’occasions de subir l’examen. J’aimerais aussi travailler avec l’industrie pour voir comment cette désignation peut faire partie de leurs besoins en matière de formation.
- Diffuser les leçons apprises et les meilleures pratiques à l’échelle nationale et les intégrer au corpus scientifique
J’aimerais aider les professionnels canadiens de la radioprotection au Canada à diffuser ou à publier leur travail et les leçons apprises à l’échelle nationale, internationale et dans toutes les applications. Cela peut se faire de façon informelle par le biais de notre site Web ou notre Bulletin ou de façon formelle par le biais de publications spécialisées. Plus précisément, j’aimerais que les organisations, en dehors du milieu universitaire, publient dans des revues examinées par des pairs pour qu’elles puissent ajouter du contenu au corpus scientifique.
Avez-vous pu commencer à travailler sur certains de vos objectifs en tant que président désigné au cours de la dernière année?
Oui, grâce à un conseil très actif et d’un grand soutien, sous la direction de notre présidente actuelle, Tara Hargreaves, nous avons progressé vers certains de ces objectifs grâce à des mesures telles que :
- tenir, présenter et participer à l’atelier conjoint CIPR-WNA Enabling Sustainable Development through the System of Protection;
- signer un protocole d’entente avec le National Registry of Radiation Protection Technologists (NRRPT) pour collaborer sur la formation, l’éducation et l’agrément des professionnels de la radioprotection au Canada; et
- signer un protocole d’entente avec l’American Academy of Health Physics (AAHP) pour collaborer sur la formation, l’éducation et l’agrément des professionnels de la radioprotection, particulièrement les spécialistes en radioprotection, au Canada.
Je ne peux pas m’accorder le crédit de ces réalisations puisque c’est un travail d’équipe, mais je suis tellement reconnaissant de voir que certains projets sur lesquels je voulais me concentrer étaient déjà entamés ou ont commencé au début de mon mandat. J’espère pouvoir continuer à soutenir ce travail et j’ai hâte d’avoir l’occasion de faire progresser ces domaines d’intervention durant mon mandat au sein du conseil de l’ACRP.
Si vous ne deviez choisir qu’un seul projet à accomplir d’ici la fin de votre mandat de président, lequel serait-ce?
C’est difficile d’en choisir un seul puisqu’ils sont tous importants, je crois, mais un que je trouve extrêmement important est d’encourager les professionnels jeunes et diversifiés à entrer dans le domaine de la radioprotection. J’ai eu l’honneur de travailler avec des professionnels nucléaires vraiment extraordinaires pendant plus de 20 ans. Ils ont été mes mentors et ont partagé leur expérience avec moi, faisant de moi la personne que je suis aujourd’hui. Entre les voir prendre leur retraite et voir comment les technologies nucléaires se répandent, je crois que ceux d’entre nous qui exercent déjà la profession doivent faire tout en leur possible pour encourager les professionnels jeunes et diversifiés à entrer dans le domaine. À l’Université McMaster, j’ai la chance d’enseigner la radioprotection aux premier, deuxième et troisième cycles. Chaque année, je suis de plus en plus impressionné par le talent des étudiants qui s’impliquent dans le domaine nucléaire, en plus des professionnels d’autres domaines qui se tournent vers le domaine de la radioprotection. Je crois que l’ACRP peut faire beaucoup pour démontrer la valeur de cette profession à la prochaine génération de professionnels de la radioprotection et proposer une voie claire vers diverses désignations professionnelles comme (A)ACRP, NRRPT et CHP, ce qui appuiera la mise en place de technologies nucléaires existantes et avancées au Canada et dans le monde.
Où aimeriez-vous voir l’association dans cinq ans?
Dans cinq ans, j’aimerais que les professionnels de la radioprotection au Canada s’impliquent davantage dans l’ACRP et collaborent pour participer à la prochaine révision des recommandations générales de la CIPR et des normes nationales liées à la radioprotection. Nous mettons en place des technologies nucléaires depuis des décennies et nous ouvrons la voie en mettant en place des technologies nucléaires nouvelles et avancées (p. ex. le premier petit réacteur modulaire du G7 et notre production et utilisation de radio-isotopes de pointe). Nous sommes parfois tellement occupés à faire notre travail que nous passons à côté de la chance de partager ce que nous avons appris. J’aimerais que l’ACRP soit une plateforme qui encourage le partage d’expérience en radioprotection à l’échelle nationale et internationale.
Avez-vous autre chose à dire à nos lectrices et lecteurs, qu’ils ou elles soient membres ou non?
Le Canada possède une incroyable histoire de mise en place des technologies nucléaires, de la recherche et le milieu universitaire à l’industrie et la médecine. Derrière toutes ces technologies et ces réussites se trouvent les professionnels de la radioprotection qui nous permettent de maximiser les bienfaits tout en minimisant les risques et en assurant la conformité réglementaire. Je sais que nous sommes tous très occupés, mais je crois que collectivement nous pouvons utiliser l’ACRP pour collaborer et avoir une influence à l’échelle nationale et internationale. J’aimerais encourager tous les membres à s’impliquer davantage dans le fonctionnement de l’ACRP pour que nous puissions maximiser l’influence positive de notre organisation au Canada et dans le monde.
Voir les articles connexes :
Entrevue avec Tara Hargreaves, nouvelle présidente de l’ACRP, septembre 2025
Entrevue avec Corie Houldsworth, présidente désignée de l’ACRP, juin 2024
Entrevue avec Jeff Fleming, président désigné de l’ACRP, mai 2023
Entrevue avec une nouvelle membre du conseil d’administration : Rencontrez Tara Hargreaves, octobre 2022.
Entrevue avec Leah Shuparski-Miller, présidente désignée de l’ACRP, juillet 2022.
Entrevue avec Diana Moscu, nouvelle présidente de l’ACRP, août 2021.
Entrevue avec Ali Shoushtarian, président désigné de l’ACRP, juin 2020.
Entrevue avec Karen Owen-Whitred, la nouvelle directrice générale de la Direction de la réglementation des substances nucléaires (DRSN) à la Commission canadienne de sûreté nucléaire (CCSN), décembre 2020.
Faire du réseautage avec succès pendant un congrès – Plus qu’un conte de fées. Dave s’entretient avec Liane Koll, récemment diplômée du programme de radioprotection du Loyalist College, ainsi qu’avec Valerie Phelan qui a engagé Liane après l’avoir rencontrée au congrès de l’ACRP en 2019, janvier 2020.
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